Les Matelots de la Dendre

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La Veuve joyeuse

(Lehar)

 

Les desseins de Dieu sont impénétrables ; ceux d'Euterpe ne le sont pas moins. Il arrive ainsi qu'en l'espace de quelques mois, voire de quelques semaines, soient créées des œuvres aussi parfaites que différentes. Dans le même temps, deux artistes ont travaillé, conçu, donnant le meilleur de leur cœur, de leur esprit. Les voies sont autres, le but est identique : émouvoir par la beauté. C'est ainsi que moins d'une année s'était écoulée depuis la création milanaise de Madame Butterfly, lorsque les mélomanes eurent le bonheur de découvrir, le 9 décembre 1905 à Dresde, la Salomé de Richard Strauss et quelques semaines aprés, le 30 décembre à Vienne, la Veuve Joyeuse de Franz Lehar. Bien sûr, il ne s'agissait pas du même style. Les Viennois qui avaient déjà applaudi - plus ou moins Wener Frauen en 1902, savaient qui’il ne fallait pas demander à Lehar une science trop recherchée, un art trop raffiné. Ils venaient pourtant avec le désir, en cette fin d'année, de se divertir, de se délasser en écoutant valses et polkas. Qui avait imaginé les aventures de cette Lustige Witwe ? Quels en étaient les pères ? L'affiche annonçait : opérette en trois actes de Victor Léon et Léo Stein. En fait, les deux librettistes s’étaient inspirés d’une comédie d’Henri Meilhac, l’Attaché d’ambassade, qui, créée à Paris en 1861, n'avait connu qu'une médiocre carrière. Mais d'un imbroglio inextricable, bien dans la manière du joyeux compère d'Halévy, Léon et Stein avaient su tirer de quoi faire un bon argument pour un musicien remarquablement doué pour l'invention mélodique et les rythmes entraînants. Dès ce soir-là, l'opérette alla aux nues, comme on dit. Tout Vienne s'éprit de la fougueuse Veuve. Bientôt ce fut toute l'Europe. En quelques années, tout le Continent valsait en fredonnant : "Heure exquise..." Partie de Paris, notre jolie héroïne y revint par la grâce de deux compagnons, aussi gais qu'habiles : Robert de Flers, Gaston Armand de Caillavet. Le livret, jugé trop germanique et quelque peu simpliste en fin de course, fut allégé, remodelé, en un mot : parisianisé. C'est ainsi que, le 28 avril 1909, à 1'Apollo, le Tout-Paris vint applaudir la belle Miss Constance Drever, le séduisant Henri Defreyn et le célèbre Galipaux, promu ambassadeur à Paris de la Principauté marsovienne.

 

Nous connaissons tous - outre le brave baron Popoff- le prince Danilo, Missia Palmieri, Camille de Coutanson, Nadia et les salons de l'ambassade de Marsovie. Or, préparons-nous à quelques surprises en évoquant la version originale. Plus de Missia, mais tout aussi veuve, tout aussi joyeuse, tout aussi blonde, voici Hanna Glawari. Danilo, de prince n'est plus que comte. Les Popoff, prenez-en bonne note, ce sont Mirko et Valencienne Zeta. Quant à Camille, il répond au patronyme bien francais de Rosillon. Quant à l'ambassade, ce n'est plus celle de Marsovie - aurait-elle rompu ses relatons diplomatiques? - mais celle de Pontévédro, ce qui est tout aussi flatteur.

 

PREMIER ACTE

 

Et maintenant, les salons de l'ambassade vont ouvrir leurs portes. Nous pénétrons dans l'hôtel de l'ambassade de Pontévédro. Les salons sont illuminés comme pour une fête. Et c'en est une, en vérité, que celle organisée en l'honneur de l'anniversaire de S.A. le Prince régnant. Son Altesse n'est pas là, assurément, mais elle est dignement représentée par son ambassadeur à Paris, le baron Mirko Zeta. Le brave homme, ayant remercié ses invités pour le toast qu'ils viennent de porter à sa santé, s'inquiète à présent de sa femme, la jolie Valencienne, qu'il ne voit pas auprès de lui, en cet instant solennel. Elle n'est pas loin, pourtant, elle bavarde avec le charmant Camille de Rosillon, "en toute innocence". N'est-elle pas "le clair exemple de la moralité" ? C'est du moins ce qu'affirme son époux. On va tout de suite s'en assurer, puisque, les invités s'étant égaillés dans les salons voisins, Camille et Valencienne paraissent. Ce qui nous vaut un duo où le jeune Parisien veut persuader une nouvelle fois la baronne de répondre à sa flamme. Mais non, Valencienne est honnête. Pour elle, le mariage est sacré. Elle insiste même pour que son soupirant quitte le célibat. Camille ne veut rien entendre. Tout deux vont poursuivre ailleurs cette éternelle querelle et laissent la place au baron en quête, cette fois-ci, du comte Danilo Danilowitsch.

 

Hélas, le séduisant attaché d'ambassade est absent. En vain l'a-t-on cherché. Et, cependant, il faut le trouver, à tout prix : la Patrie a besoin de lui. Qu'est-ce à dire ? La Patrie ? Nous allons avoir sous peu le mot de l'énigme. Car voici que paraît Mme Glamari la jolie veuve du banquier de la cour. Une jolie veuve, pensez donc si elle peut être courtisée. Point sotte, Hanna reconnaît elle-même que sa dot est bien plus séduisante encore que sa blonde personne. Tous ces messieurs voudraient bien faire un tour de valse avec elle. Sait-on jamais ? Valencienne, elle, a décidé que la riche héritière était le parti rêvé pou son Camille. "Vous devez être heureux et moi je resterai une honnête femme" déclare-t-elle. Pourtant, telle n'est pas la volonté souveraine. Le comte Danilo doit épouser Mme Glawari. Ainsi, la fortune restera bien pontévédrine. Enfin Danilo paraît. Il arrive tout droit de son quartier général: Maxim's.

 

Hanna survenant, nous apprenons que jadis la jeune femme, qui s'appelait alors Gospodina, avait plu au beau comte Danilowitsch. Hélas, les projets des deux amoureux avaient échoué, car le père de Danilo avait refusé de voir son fils épouser une fille du peuple. Celle-ci était alors devenue la jeune femme du riche et vieux banquier. Hanna voudrait bien renouer avec le passé. Mais Danilo n'a jamais pardonné cette trahison et fait maintenant la sourde oreille. A la riche veuve, jamais il ne dira : "Je vous aime." Zeta a beau supplier le comte de céder à la raison d'Etat, rien n'y fait. Danilo consent seulement à empêcher la moindre union de Mme Glamari avec un étranger. Qu'elle reste veuve ! Pour commencer, il éloigne, non sans peine, les nombreux soupirants, avides d'offrir leur bras à Hanna. Cela fait, il va pouvoir enfin souffler, quand surgit Valencienne venue présenter Camille à la belle veuve. Hanna, pour toute réponse demande à Danilo de lui accorder une danse. Cette danse, cette valse entraînera les amoureux de naguère dans un tourbillon aussi dangereux que voluptueux.

 

DEUXIÈME ACTE

 

Le lendemain, Mrne Glawari reçoit dans sa résidence parisienne. En l'honneur de ses invités et de S. A. le Prince, que l'on ne voit toujours pas, Hanna chante un rondeau fameux en Pontévédro, l'histoire de la fée Vilja.

 

Malgré cette bouffée d'air du pays le baron Zeta est fou d'inquiétude. Ne vient-il pas d'apprendre que Mme Glawari a l'intention d'épouser Camille de Rosillon et Danilo, une nouvelle fois, manque à l'appel. Dieu merci, le voici qui arrive. Un conseil de guerre se réunit. Comment empêcher cette funeste union ? Le comte s'engage à y faire obstacle. Rien ne semble plus simple. En effet, Camille est amoureux d'une femme mariée. Il faut en avertir Hanna. Justement, celle-ci survient à point nommé. Bien entendu, une scène, en forme de duo, s'engage entre les deux amoureux. De guerre lasse, Hanna s'éloigne, remplacée par quelques diplomates venus discuter d'un grave problème de quelle façon doit-on traiter les femmes ? Mais y a-t-il une loi en telle matière? Certes pas. Autant de femmes, autant de cas.

 

Profitant de ce salon vide Valencienne et Camille apparaissent. A la veille de se marier, Rosillon réclame un souvenir. Valencienne lui offre son éventail, non sans y avoir écrit une dédicace : Je suis une honnête femme. Ces simples mots, les circonstances, la présence de Camille de plus en plus pressant, tout cela remue la petite baronne qui accepte de suivre le jeune homme dans un petit pavillon plus tranquille. A cet instant paraît Zeta qui, apprenant du drogman Njegus que Rosillon est enfermé avec sa maîtresse la mystérieuse femme mariée, se précipite vers le pavillon, espérant bien surprendre les coupables et ainsi sauver les millions en perdition. Le baron regarde par le trou de la serrure. Ciel ! Sa femme. Mais, tandis que Danilo console comme il peut le malheureux mari, Njegus, en parfait deus ex machina, fait pénétrer Hanna dans le pavillon, à la place de Valencienne.

 

Aussi, quand le baron ordonnera aux amants d'ouvrir la porte, ce sera Mme Glamari qui paraîtra, suivie d'un Camille penaud. Tête de Danilo... et de Zeta qui n'y comprend plus rien. Hanna veut alors annoncer son mariage. Catastrophe. Que faire?

 

Danilo raconte à Hanna l'histoire d'un prince et d'une princesse, très édifiante histoire qui ressemble a s'y méprendre à la leur. En guise de moralité, le comte déclare que rien ne vaut Maxim's. Il y court de ce pas : "On y est comme chez soi, et toutes les dames y aident à oublier les tourments endurés."

 

Hanna a bien de la peine à cacher sa joie. Ne voilà-t-il pas, dans cette retraite, le plus tendre des aveux?

 

TROISIÈME ACTE

 

Peu de temps après, toujours chez Hanna, nous découvrons un curieux décor. Njegus a fait reconstituer chez Mme Glawari un cabaret qui ressemble étonnamment à Maxim's. Danilo y sera "comme chez soi". Voici même les grisettes, chères au comte.

 

Parmi elles, une nouvelle venue : Valencienne. Et puis voici Hanna et Danilo. Et tout à coup, sans crier gare le comte abdique. Il ne veut plus lutter contre ses sentiments.

D'abord, il interdit à Hanna d'épouser Camille. Obéissante, celle-ci accepte: la Patrie avant tout. Un obstacle demeure pourtant entre eux le souvenir de la scène du pavillon. La jolie veuve révèle alors charitablement le secret: elle n'a fait que sauver l'honneur d'une femme mariée. Danilo peut alors dire ces mots qu'il s'obstinait à taire: "Je t'aime".

 

Sur ces entrefaites, l'air plutôt gêné, le baron et Valencienne font leur entrée. Danilo en profite pour annoncer les deux nouvelles : Mme Glawari n'épouse plus Camille de Rosillon, de plus sa présence dans le pavillon n'était que fortuite. Qui donc alors, sinon Valencienne, pouvait tenir compagnie à Rosillon, dans l'ombre complice du pavillon ?

A cet instant, Njegus survient, tenant en main l'éventail de Mme l'Ambassadrice, éventail que l'on vient de trouver dans le maudit pavillon. Là il ne peut plus y avoir de doute. Pour comble de malchance, Zeta aperçoit sur l'éventail l'écriture de sa femme. "Oui, cher Mirko, rétorque la coupable. Mais qu'y a-t-il d'écrit ?" "Je suis une honnête femme", déchiffre le baron.

 

Tout se termine donc pour le mieux dans le meilleur des mondes, celui de la fantaisie et de la bonhomie. Mme Glawari devient comtesse Danilowitsch, les millions demeurent pontévédrins. Mais, comme par le passé et comme ce sera toujours dans l'avenir, "jamais, on ne connaîtra le corps ni l'âme des femmes".

 

D’ après Jacques Slyper

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