Les Matelots de la Dendre

Les Matelots de la Dendre

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La Périchole

(Offenbach)

 

L’œuvre

 

La première de La Périchole eut lieu le 6 octobre 1868 au Théâtre des Variétés.

Écrit pour Hortense Schneider (ci-dessus), le rôle titre est basé sur un personnage historique. L'actrice Micaela de Villegas a bien existé au XVIIIe siècle. Née le 28 décembre 1748 à Huacumo, elle fut la maîtresse de Manuel de Amat y Junient, 31e vice-roi du Pérou (1761-1776), qui tomba amoureux d'elle en la voyant dans une représentation de Fuego de Dios en el querer bien, de Calderón de la Barca. Leur liaison dura près d'une douzaine d'années et le scandale atteignit un sommet par la publication d'un pamphlet où elle était nommée la Perricholi (de l'espagnol perra chola, « chienne métisse ») après qu'elle se fut rendue à l'église dans le luxueux carrosse que lui avait offert son royal amant. Elle finit par en faire don au clergé local pour transporter le Saint-Sacrement. En 1795, elle épousa finalement un des comédiens de sa troupe. Elle mourut en 1819 à Lima.

La figure de Micaela de Villegas fut l'objet jusqu'à nos jours d'un certain nombre d'œuvres littéraires, dont la plus connue est le Carrosse du Saint-Sacrement, de Prosper Mérimée, qui, à son tour, a inspiré le cinéaste Jean Renoir (le Carrosse d'or, 1952 avec Anna Magnani).

Meilhac et Halévy ont emprunté le cadre global de l'action à Mérimée, pas l'intrigue proprement dite, un peu comme ils le feront plus tard avec Carmen de Bizet (1875). Ils avaient donné à Offenbach un livret en deux actes. Les premières représentations furent un demi-succès. Le public n'appréciait guère le spectacle de la misère, de la faim et du caprice des puissants, dans un pays où les artistes sont contraints de se « vendre » pour un dîner, où les imbus de pouvoir font de leurs amourettes des lois universelles. Le livret s'interrompt brusquement : Piquillo arrêté, le vice-roi tente encore de séduire la Périchole puis pardonne et libère les amoureux. «Meil » et « Hal » (comme le compositeur appellait affectueusement ses librettistes) devront revoir leur copie.

En 1874, c'est chose faite. Ils ajoutent un acte et deux tableaux. L'opéra-bouffe devient un opéra-comique. Le succès est énorme et l'ouvrage est joué dans l'Europe entière, y compris dans la Vienne des Strauss. Deux reprises ont lieu en 1875 et 1895.

Le livret et la musique regorge de clins d’œil, souvent à la limite de la parodie burlesque.

Offenbach raille l'impératrice Eugénie de Montijo qui favorise les Espagnols à la cour :

« Il grandira car il est Espagnol »

Le comte de Panatellas tire son nom d'une sorte de cigare de La Havane.

La lettre de la Périchole affamée à son fiancé est une transposition du billet que Manon envoie à Des Grieux dans le roman de l'abbé Prévost.

Le chœur des gentilshommes est textuellement repris de La Favorite de Donizetti (Acte III, scène XI) :

« Quel marché de bassesse

C'est trop fort par ma foi

épouser la maîtresse

la maîtresse du Roi »

La Périchole sera modifiée à de nombreuses reprises. Offenbach lui-même va recomposer cinq versions. En 1969, Maurice Lehmann présente au théâtre de Paris une nouvelle version, dite de Jean Marsan. Rejetée par les inconditionnels d'Offenbach, elle est cependant bien accueillie par la critique et par le public. Elle tint l'affiche plusieurs mois avec une distribution réunissant Jane Rhodes puis Suzy Delair, Michel Caron, Jean Le Poulain, Roger Carel et Dominique Tirmont.

Trois enregistrements sont disponibles : le plus ancien, dirigé par Igor Markevitch avec Suzanne Lafaye, Raymond Amade, Louis Noguera, Jean-Christophe Benoît, un autre sans les dialogues avec Régine Crespin, Alain Vanzo, Jules Bastin, Gérard Friedmann sous la direction musicale d' Alain Lombard ; enfin, complet, avec Teresa Berganza, José Carreras, Gabriel Bacquier, Michel Sénéchal, dirigé par Michel Plasson.

 

L'Argument

 

L'action se passe à Lima, au Pérou, au XVIIIe siècle.

Acte I : une place de la ville de Lima.

Du vice-roi c’est aujourd’hui la fête,

Célébrons-là ;

D’autant que nous sommes, à tant par tête,

Payés pour ça.

Devant le cabaret des Trois Cousines, Péruviens et Péruviennes boivent du riquiqui. Le vice-roi, Don Andrès de Ribeira, parcourt incognito les rues de sa capitale pour évaluer sa popularité.

Maintenant je vais par la ville,

Le nez caché dans mon manteau,

Je vais, je viens, je me faufile

Incognito.

Le vice-roi est satisfait. Son peuple semble heureux. La Périchole et Piquillo, chanteurs ambulants, pas riches du tout et portant guitare en sautoir, s'installent devant les consommateurs, pour chanter « La complainte du conquérant et de la jeune Indienne ».

Va dire, enfant, à ta tribu sauvage,

Que l’étranger qui foule ici son sol,

A pour devise : Abstinence et courage !

On sait aimer, quand on est Espagnol !

Les auditeurs ne sont guère généreux et préfèrent suivre des saltimbanques et leurs chiens savants sans leur donner la moindre pièce. La Périchole est exténuée, découragée. Elle meurt de faim. Pendant que Piquillo va chanter un peu plus loin, elle s'allonge sur place et s'endort.

Le vice-roi l'aperçoit et en tombe amoureux. Il lui propose de l'emmener au palais pour être demoiselle d'honneur de la vice-reine. Méfiante, elle ne tarde pas cependant à reconnaître le vice-roi. Pendant qu'elle s'éloigne, le comte de Panatellas, premier gentilhomme à la cour, rappelle à son maître le règlement : il faut, s'il veut installer la Périchole dans le petit appartement du troisième, qu'elle soit mariée. Il ordonne donc à Panatellas de trouver un mari à cette femme qu'il aime passionnément.

La Périchole, avant de partir, écrit à son amant, s'excusant de le laisser :

Ô mon cher amant, je te jure

Que je t’aime de tout mon cœur ;

Mais, vrai, la misère est trop dure,

Et nous avons trop de malheur !

Tu dois le comprendre toi-même,

Que cela ne pourrait durer,

Et qu’il vaut mieux…(Dieu ! que je t’aime !)

Et qu’il vaut mieux nous séparer !

Cette lettre plonge Piquillo au désespoir. Il veut se pendre. Heureux hasard, il est sauvé par le comte de Panatellas qui cherche toujours un ari à la future favorite du vice-roi.

La Périchole, maintenant rassasiée, fait des difficultés pour se marier. Mais tout s'arrange lorsqu’elle reconnaît le futur marié. Le xérès, le madère et le porto, généreusement dispensés, viendront à bout des résistances.

Ah ! quel dîner, je viens de faire !

Et quel vin extraordinaire !

J’en ai tant bu… mais tant et tant,

Que je crois bien que maintenant

Je suis un peu grise…

Le mariage sera célébré dans la plus joyeuse fantaisie, sans d’ailleurs que Piquillo se rende compte de l'identité de son épouse.

Le beau mariage

Que nous voyons là !

Le joli ménage

Que cela fera !

Que la vie est belle,

Quand le vin est bon !

J’ai dans la cervelle

Des airs de chanson !

 

ActeII : une salle du palais du vice-roi.

Le lendemain, des dames de la cour, s'affairent autour du marquis de Tarapote évanoui.

Cher seigneur, revenez à vous ;

Ah ! rouvrez par pitié pour nous,

Cet œil rempli d’intelligence !

Ayant repris ses sens, il exprime son indignation pour ce qui s'est passé la veille : la nouvelle favorite (La Périchole, devenue baronne de Tabago, marquise du Mançanarès) n'est qu'une chanteuse des rues, et son mari est là, toujours endormi.

Piquillo, dégrisé, paraît, magnifiquement habillé ; tous s'éloignent de lui avec dédain. Ne comprenant pas encore ce qui lui est arrivé, les courtisans lui font ironiquement remarquer que sa femme a disparu.

Eh ! bonjour, monsieur le mari !

Qu’avez-vous fait de votre femme ?

Si vous la voyez aujourd’hui,

Bien des compliments à madame !

Don Pedro et Panatellas viennent chercher Piquillo et le préviennent qu'il devra, dans une heure, présenter sa femme au roi. Après avoir devisé tous les trois sur l'importance des femmes, don Pedro lui explique les règles de cet usage

Les femmes, il n’y a que ça !

Tant que la terre tournera,

Il n’y aura que ça !

Quand il découvre que la Périchole est la maîtresse du vice-roi, Piquillo éclate de fureur, insulte le monarque et est aussitôt expédié au cachot, comme tous les maris récalcitrants.

Conduisez-le, bons courtisans,

Et que cet exemple serve,

Dans le cachot, qu’on réserve

Aux maris ré…

Aux maris cal…

Aux maris ci…

Aux maris trants,

Aux maris récalcitrants !

 

Acte III , premier tableau : le cachot des maris récalcitrants.

 

En prison, la Périchole vient visiter son Piquillo. Après un mouvement d'humeur de sa part, elle l'informe qu'elle n'a pas cédé aux avances du roi et qu'elle l'aime toujours.

Je t’adore brigand, j’ai honte à l’avouer ;

Je t’adore et ne puis vivre sans t’adorer.

Elle propose de corrompre le geôlier. Celui-ci se présente mais n'est autre que le vice-roi, déguisé à nouveau, qui les fait enfermer tous les deux. Il se retire, non sans chuchoter à la Périchole, que si elle revient à de meilleurs sentiments, elle peut l'appeler.

Si plus tard tu deviens raisonnable,

Et tu te montres plus traitable,

Fredonnes un de ces airs que tu chantes si bien,

Je serai là !… Chut ! ne me réponds rien !

Grâce à un vieux prisonnier, les deux époux peuvent se libérer. La Périchole appelle le vice-roi, qui arrive plein d’espoir : il est bientôt ligoté à son tour. Les prisonniers s’enfuient…

 

ActeIII , deuxième tableau : une place de la ville de Lima.

Les trois évadés se retrouvent en ville, mais sont identifiés par une patrouille et le vice-roi qui se présente aussitôt. La Périchole et Piquillo chantent leurs malheurs.

On les traque, on les repince,

On va les percer de coups…

Mais ils tombent à genoux,

Aux genoux de leur bon prince,

Qui les accable tous deux

Sous un pardon généreux !

Cette complainte attendrit le roi qui, magnanime, les laisse se marier et avoir des enfants qui grandiront, car ils sont Espagnols.

Nous vous quittons…

Ainsi que l’hirondelle,

Vers d’autres cieux nous prenons notre vol.

Mais, en partant, reprenons de plus belle

Il grandira, car il est Espagnol !

Daniel Leclercq

(Reproduction autorisée avec mention des sources)


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