Les Matelots de la Dendre

Les Matelots de la Dendre

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Le Pays du sourire

(Lehar)

L'OEUVRE

 

"Je veux un peu d'amour

C'est bien mon tour

D'aimer un jour!"

 

Vienne, 9 février 1923. Au Theater An der Wien, c'est la création mondiale de "La Tunique Jaune", opérette romantique en trois actes et quatorzième ouvrage lyrique de Franz LEHAR sur un livret imaginé par Victor LEON. Aussitôt, cette œuvre connaît un remarquable succès auprès du public et la presse bien qu'elle sacrifie à "l'happy end" de la plupart des opérettes. En effet, l'histoire relate les amours incompatibles entre une jolie comtesse européenne et un prince de race jaune venu de sa lointaine Chine. Malgré son succès, "La Tunique Jaune" est retirée de l'affiche du temple viennois de l'opérette avant d'atteindre la centième représentation. Et Franz LEHAR range alors cet ouvrage au fond d'un tiroir...

"0n reste bons amis

Que d'être tous deux ennemis

Dans l'enfer du foyer conjugal ! . . ."

 

Le temps passe. Le Maître compose successivement "Clo-Clo" (1924), "Paganini" (1925), "Le Tzarevitch" (1928) et "Frédérique" (1928) avec l'illustre ténor Richard TAUBER comme principal interprète masculin pour les trois dernières œuvres citées.

"Toujours sourire

Le cœur douloureux

Du sort malheureux

C’est notre loi : toujours sourire"

 

Malheureusement, au cœur de l’hiver 1928-29, l'interprète préféré de LEHAR est victime d'une crise rhumatismale qui le paralyse presque totalement. Grâce à un traitement médical adéquat, l’état de santé de TAUBER s'améliore progressivement mais il subsiste quelque séquelles se traduisant par une démarche et des gestes incertains.

Homme de grand cœur pour qui reconnaissance n'est pas un vain mot, LEHAR ne désire point laisser tomber son ténor qui, à trente-sept ans, possède toujours de jolis moyens vocaux absolument intacts.

Le compositeur repense alors à "La Tunique Jaune" que TAUBER pourrait interpréter malgré son handicap. En effet, la démarche lente et majestueuse d’un dignitaire chinois est conciliable avec l’état physique de ce ténor.

 

Je viens vers celle qui prit mon cœur

En cette nuit bleue de l'avril… !"

 

LEHAR demande à Ludwig HERZER et Fritz LOEHNER de remanier original tandis que lui-même revoit sa partition dans laquelle il introduit de nouveaux airs dont le fameux "Je t'ai donné mon cœur."

Le 10 octobre 1929, "Le Pays du Sourire" - "Das Land des Lachens" - est créé ab Métropol-Theater de Berlin sous la direction musicale de compositeur et avec Vera SCHWARZ (Lisa) et Richard TAUBER (Sou-Chong) en tête d'affiche.

 

"Prendre le thé à deux,

Comme des amoureux,

C'est merveilleux ! …"

 

Comme Victor LEON, Ludwig HERZER et Fritz LOEHNER ont délaissé la sacro-sainte fin heureuse et habituelle pour un bon nombre d'opérettes. Néanmoins, le public berlinois réserva un chaleureux accueil au "Pays du Sourire" qui, vraiment, est un chef-d’œuvre du répertoire lyrique interprété par bien des ténors voire des barytons à l'aigu facile comme, jadis, Michel DENS.

"Le Pays du sourire" prit un bon départ à Berlin et depuis près de soixante-dix années, il parcourt le monde de théâtre en théâtre avec un succès jamais démenti.

 

"Mon chant te bercera des mots : Je t'aime!

Je veux te prendre en un baiser suprême.

Un soir plein de désirs subtils ! ..."

 

Il s'agit d'une opérette romantique qui se caractérise par une réaction du sentiment contre la raison , de l'imagination sur l'analyse critique et d'une recherche de l'évasion dans le rêve.

 

"Au salon d'une pagode,

Une chinoise à la mode

Porte, c'est affreux,

De très longs cheveux.. ."

 

Comme dans d'autres de ses œuvres lyriques, LEHAR a fui l'envoûtante obsession du trois-quart valsé, marque indélébile de l'opérette viennoise. Le recours aux blandices de la valse est moins fréquent. La partition, parfois très proche de l'opéra comique, révèle chez LEHAR une nouvelle source d'inspiration dans cet exotisme extrême oriental qui le rapproche ainsi de son vieil ami PUCCINI et de ses Butterfly et Turandot.

 

"Qui, dans nos cœurs a fait fleurir l'amour ?

Qui, dans un seul jour,

Nous fit rire et pleurer, tour à tour ? . . . "

Le Maître a développé une ampleur symphonique remarquable au travers d'une écriture musicale brillante et soignée. Les recherches sont extrêmement ingénieuses et, à maintes reprises elles permettent au violon-solo de chanter avec infiniment d'expression." Le Pays du Sourire" est une des œuvres les plus célèbres de la dernière façon de procéder du compositeur c'est-à-dire que prédominent un climat empreint de nostalgie et une partie musicale très vocale et fort exigeante.

 

"Mon amour et ton amour

Sont nées le même jour

D'un regard très court

Mais qui vous charme pour toujours . . ."

 

"Le pays du Sourire" fut créé, dans sa version française réalisée par Jean MARlETTI et André MAUPREY, au Théâtre Royal de Gand, le 1er avril 1932. Cette version substituait une "happy end" au dénouement tragique originel. Elle était interprétée entre autres par le célèbre ténor toulousain Louis IZAR (Sou-Chong), Germaine ROUMANS (Lisa), Gina BERTHOT (Mi) et Gotis de VILLE (Gustave).

 

"Brune poupée

Fleur parfumée,

Par tes yeux noirs les miens sont charmés . . ."

 

Le 15 novembre 1932, "Le Pays du Sourire" faisait la conquête du public français sur la scène de la Gaîté Lyrique à Paris. La distribution réunissait Georgette SIMON (Lisa), Coecilia NAVARRE (Mi), Willy THUNIS (Sou-Chong), Paul DARMOIS (Gustave), DUVALEIX (de Lichtenfels) et DESCOMBES (Tchang). Maître LEHAR occupait le pupitre de direction.

 

"Notre bonheur

Est une bien fragile fleur :

Au revoir ? Non ! Car ses yeux

Semblaient me dire : Adieu !..."

 

Le succès fut triomphal malgré une piètre prestation du ténor : les pires outrances dans l'expression, manque de distinction, notes poussées sans retenue, point de ligne vocale, le plus pur amateurisme . ..

Comme dit le proverbe "Nul n'est prophète en son pays." Le ténor hollandais Willy THUNIS fut préféré à Louis IZAR par le Directeur Maurice CATRIENS qui dot certes se mordre les doigts pour ce choix aussi peu heureux...

 

"Ma petite soeur

Je vois ta douleur;

Autant que toi

J’ai mal crois-moi !…"

 

Dans la version dite de Gand, "happy end" est substituée à la mélancolie du dénouement traditionnel qui montre l'incompatibilité foncière entre deux races, même quand il s'agit de l'amour qui rapproche deux êtres humains. Parfois, cete version est encore proposée dans certains théâtres belges et français bien qu'en contradiction avec les idées de Franz LEHAR. Rappelons que le Maître adorait les jolies femmes, n'accordait d’importance qu'aux belles histoire d'amour même quand le dénouement est malheureux.

Pour "l'happy end", la "Princesse Blanche" et son cousin neviennent sur leurs pas. Lisa tombe dans les bras de Sou-Chong. Mi en fait de même dans ceux de Gustave. Et les deux couples prennent la route de la vieille Europe.

 

Tu tiens en toi tout mon bonheur ;

Sans ton baiser, il meurt,

Car sans soleil, meurent les fleurs

A toi mon beau chant d'amour,

Et pour toi seule, il fleurira toujours

Toi que j'adore, 0 toi ma douceur

Redis-le moi : je t'ai donné mon cœur !"

 

 

L'INTRIGUE

 

L'intrigue du "Pays du Sourire" se passe en Europe dans la principauté imaginaire de Holdenbourg (acte un) et en Chine, au palais impérial de Pékin (actes deux et trois).

 

Dans son château sis à Holdenbourg, le Comte Ferdinand de Lichtenfels organise une soirée en l'honneur de sa fille Lisa qui a remporté un tournoi de tennis.

 

Parmi les invités conviés à cette réunion mondaine, se trouve le jeune Comte Gustave de Pottenstein, cousin de Lisa et lieutenant de vaisseau. Gustave s'empresse de déclarer sa flamme à la jeune sportive qui lui rétorque qu'il vaut mieux rester bon amis. En fait, Lisa aime déjà le Prince Sou-Chong, ambassadeur de Chine près de la principauté de Holdenbourg. Gustave met sa cousine en garde contre les dangers que présente l'union entre deux êtres de races différentes, surtout quand l'homme aimé vient d'un pays aussi éloigné et aussi mystérieux que la Chine. Et Lisa se rit des conseils du Jeune comte.

 

Soudain, arrive le Prince Sou-Chong, lui aussi épris de la jeune et jolie comtesse à qui il offre un magnifique cadeau. Aussitôt, comme des amoureux, ils décident de prendre le thé à deux. Fou-Li, secrétaire de Sou-Chong, apporte un message à son maître qui est tenu de rentrer d'urgence en Chine pour occuper le poste de 1er Ministre. Lisa décide de l'accompagner et de devenir son épouse malgré l'avertissement de son père. De l'avis du Comte de Lichienfels : le jaune et le blanc sont deux couleurs qui ne se marient point.

 

Quelques mois se sont écoulés depuis que Lisa a quitté Holdenbourg. A Pékin, elle vit heureuse près de Sou-Chong qui l'a surnommée "Fleur de Lotus". Sa meilleure amie est la délicieuse petite Princesse Mi, sœur cadette de Sou-Chong. Lors d'une grande cérémonie qui se déroule dans le palais impérial, le Prince revêt solennellement la tunique jaune, emblème de ses hautes fonctions ministérielles. Mais le bonheur de Lisa est menacé car le vieux Prince Tchang, oncle de son mari, lui voue une haine fanatique. Tchang n'accepte pas le mariage de son neveu avec une étrangère, "La Princesse blanche", car il considère cette union comme une mésalliance. Gardien des coutumes ancestrales et en vertu des rites immuables, le vieux prince exige que Sou-Chong épouse quatre princesses chinoises qui lui sont destinées depuis très longtemps. D'abord le jeune prince refuse, puis il accepte d'obéir aux ordres de son oncle à condition que cette quadruple union ne soit en fait qu'un simulacre de mariage. Entre-temps, Gustave, arrivé à Pékin pour une mission diplomatique, rencontre Mi qui l'introduit au palais. Sitôt, il revoit Lisa qu'il informe des projets deTchang qui lui ont été révélés par la charmante petite princesse. Lisa ne croit pas son cousin et, cependant, elle demande à Sou-Chong de s'expliquer sur ses projets matrimoniaux. Fleur de Lotus n'accepte pas qu'il s'agisse là d'une simple formalité et refuse le partage proposé par le Prince. Outrée, elle veut rentrer dans sa principauté. Sou-Chong voit que la femme à qui il a donné son cœur va lui échapper pour toujours. .

Fou de colère, il déclare que lui seul est le maître et il interdit à Lisa de quitter le palais impérial.

Prisonnière de son époux dans les appartements réservés aux femmes, Lisa reçoit lavisite de Mi et de Gustave qu'une idylle rapproche davantage. Elle supplie son cousin de l'aider à s'enfuir et Mi promet de faciliter l'évasion en dévoilant Gustave l'existence d'un passage secret dans le palais. Mais, ce passage est gardé et Sou-Chong survient au moment où l'évasion va avoir lieu.

Surprise ! Au lieu de retenir la femme qu’il aime toujours, le Prince lui rend la liberté, sacrifiant à jamais ce bel et grand amour qui l’unissait à sa chère et tendre "Fleur de Lotus".

 

Tandis que Lisa et Gustave s’éloignent lentement, Mi et Sou-Chong, en pleurs, tombent dans les bras l’un de l’autre pour se consoler. Et le grand frère rappelle à sa petite sœur que malgré le cœur douloureux, il faut toujours sourire. Telle est la loi pour un pauvre et malheureux Chinois.

 

 

 


Société royale  "Les Matelots de la Dendre"

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