Les Matelots de la Dendre

Les Matelots de la Dendre

L'opérette

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La Mascotte

(Audran)

 

L'OEUVRE

«La vendange est terminée,
Buvons tous à petits coups,
Buvons le vin de l'année,
Si bon, si frais et si doux ! . . .»

La création de La Mascotte, le 30 décembre 1880, aux Bouffes-Parisiens, fit la notoriété d'Edmond AUDRAN à Paris et cet ouvrage nouveau-né constitua le grand succès d'opé-rettes de l'année 1881. D'emblée, La Mas-cotte fut adoptée par le public bien servi par une distribution réunissant Mesdemoiselles MONTBAZON (Bettina) et DINELLI (Fiametta) et Messieurs MORLET (Pippo), LAMY (Fritellini), HITTEMANS (Laurent XVII), RAUCOURT (Rocco), DESMONTS (Mathéo) et PESCHEUX (Paratente). Ce chef-d'oeuvre de l'opérette tint l'affiche pen-dant près de deux années avant de paraître sur les scènes de province et étrangères.

«Ah ! Qu'il est beau l'homme des champs,
Sous le soleil quand il chemine . . .»

Par la suite, La Mascotte revint aux Bouffes, en 1889, et sur d'autres scènes parisiennes comme Les Menus-Plaisirs, La Gaieté, LeTria-non-Lyrique, L'apollo, Le Mogador et la Porte Saint-Martin qui l'accueillit pour trois séries de représentations; la dernière datant de mai 1968 quand de graves incidents pertur-baient la vie de la capitale française. Sur les bords de Seine, maints artistes de renom fi-rent triompher l'opérette d'AUDRAN : Edmée FAVART, Germaine GALLOIS, Jane MONTANGE, Jane MORLET, Fanely REVOIL, Jeanne SAINT-BONNET, André BAUGE, Jack CLARET, Henri DEFREYN, Paul FUGERE, RobertVIDAL ...

«J'aim'bien mes dindons,
J'aim'bien mes moutons,
Quand ils font leurs doux
Glous, glous !
Quand mon troupeau fait bé …»

Si le succès s'avéra aussitôt flatteur, la mise à l'étude de ladite opérette n'alla pas sans en-combres. D'abord, CANTIN, qui présidait aux destinées des Bouffes-Parisiens, estima mauvais le duo des dindons et des moutons et en réclama la suppression complète. Les interprétes, par diplomatie, se rallièrent bon gré, malgré, à son opinion et il fallut qu'AUDRAN tint bon jusqu'à la première. Et ce duo fut applaudi d'enthousiasme dès le premier soir.

«Que je regrette mon village,
Où l'soir, aux sons des violons,
J'allais folâtrer sous l'ombrage. . .»

On supprima encore un personnage épisodique, le Duc de Pise, qui, à force d'avoir contemplé la fameuse tour, avait pris des al-lures penchées. Les répétitions se prolongè-rent pendant quatre grands mois car on at-tendit encore un peu que le succès des Mous-quetaires au Couvent, à l'affiche depuis le 16 mars 1880, fût quelque peu épuisé ; tant et si bien que la divette engagée pour le rôle de Bettina, et qui attendait un événement heureux, ne fut plus en état de paraître dé-cemment sur la scène. Il eut été inconvenable que La Mascotte, qui tenait son pouvoir de porte-chance subordonné aux conditions ri-goureuses d'une innocence intégrale se mon-trât dans un état semblable.

«Belle Comtesse,
Le temps nous presse,
En poste,
En poste !
En poste, en poste, au galop,
Déjà la mule fait sonner son grelot,
En poste, au galop ! . . .»

Pour remplacer la future mère, CANTIN fit venir de Lyon, en dernière minute, Made-moiselle MONTBAZON, une seconde chan-teuse, qui, sitôt à Paris, fut promue la reine de ce spectacle. Elle était la Bettina révée tant pour sa belle voix bien timbrée de mezzo que pour son jeu plein d'abattage. Elle avait vingt printemps; elle était adorable, jolie et bien vivante.

«C’est moi, c'est moi, Saltarello,
Le grand danseur de l’Italie . . .»

Mademoiselle MONTBAZON s'attira immé-diatement l'inimitié marquée du baryton MORLET qui ne voyait pas d'un très bon oeil une artiste de province si vite portée au rang de vedette. L'interprète de Pippo se chargea de lui rendre pénibles et difficiles ses débuts parisiens au théâtre. Mademoiselle MONTBAZON aimait porter au dernier acte un oborant bouquet d'oranger à son corsage et MORLET, qui se déclarait dérangé par le parfum, mangeait de l'ail au point d'as-phyxier un naturel de la Canebière. Il intervint auprés de CANTIN pour que sa parte-naire n'usât plus de ces fleurs incommodantes, accessoire interdit car non repris sur la liste de ceux mis à la disposition des artistes par le théâtre. Mademoiselle MONTBAZON obtempéra aux ordres de son directeur, et, en contrepartie, elle s' aspergea de grandes quantités de l'extrait des fleurs d'oranger. MORLET ne résista pas davantage aux odeurs dégagées par sa partenaire. Pour se venger, un jour, il imagina de se frotter vi-goureusement les mains av

ec de l'ail et la pauvre divette dut s'asperger d'autres sen-teurs pour pouvoir tenir le coup. Malgré ces avatars et ces querelles insidieuses, La Mascotte continua son petit bonhomme de chemin parsemé de succès et sa créatrice fit une brillante carrière à la scène.

«Chasser le cerf au son du cor,
dans ma caisse empiler de l'or,
Aux dépens du contribuable,
J'en suis capable. . .»

Il paraîtrait que l'argument de La Mascotte fut suggéré à AUDRAN par un cadeau que son épouse avait reçu de son propre frère, capitaine au long cours. Ce cadeau rapporté d'ltalie était un bibelot florentin surnommé mascotte ; une espèce de fétiche porte-bonheur qui ne pouvait être touché au rique. de perdre son pouvoir.

Peu à peu, cet objet prit la forme d’une femme dans l'imagination d'AUDRAN. Une femme dotée d'un pouvoir extraordinaire tant qu'elle conserverait sa virginité. Le compositeur exposa son idée aux librettististes Alfred DURU et Henri CHIVOT, dont la  collaboration s'était déjà avérée fructueuse, trois ans auparavant, pour le Grand Mogol. Le livret fort spirituel et parfois grivois concocté par le tandem DURU-CHIVOT fut agrémenté d'une musique vivante et gaie où l'on retrouve des tempi chers à Maître AUDRAN : polkas, valses, galops, tarentelles . . . Rassemblés une partition d'excellente facture, bien écrite et qui est peut-être la meilleure du compositeur. Tous les airs sont archi-connus et surtout le duo des Dindons et des moutons et les Envoyés du paradis.

«Je touche au but !
Allons, plus de crainte importune,
Sur le chemin de la fortune . . .»

Il est indéniable qu'au jour d'aujourd'hui, cette bonne Mascotte, plus que centenaire, porte les marques de son âge et de l'époque qui l'a vue naître.

«Un baiser, c'est bien douce chose,
Tu le sais, sur leurs lèvres roses,
C'est avec ça que les mamans
Consolent les petits enfants !»

Son intrigue paraît, à présent, désuète ; mais, néanmoins, elle en vaut bien d'autres. Il suffit d'accepter son livret tel qu'il est et avec tou-tes les traditions qui s'y sont accumulées au cours du temps. Ne faut-il pas se dérider à notre époque par trop morose ?

«Ces envoyés du paradis
Sont des mascottes, mes amis
Heureux celui que le ciel dote
D'une mascotte …»

 


L'INTRIGUE

L'action se passe dans la principauté imaginaire de Piombino, au 17ème siècle, et successivement dans la cour de la femme de Rocco, dans une salle du palais princier ainsi que dans une hostellerie du Grand-Duché de Pise.

Le brave paysan Rocco est poursuivi par la guigne. Rien ne lui réussit jusqu'au jour où son frère, un riche fermier, lui prête Bettina, une gardeuse de dindons. Surnommée la Rougeaude, cette fille n'a pas froid aux yeux et un homme ne lui fait pas peur. La chance sourit à Rocco dès l'arrivée de Bettina qui a le don d'être Mascotte. Son pouvoir disparaîtra, le jour où elle perdra son auréole de chasteté. Pippo, le berger de Rocco, tombe éperdument amoureux de cette mascotte qui le lui rend bien.

Et les deux jeunes gens filent le parfait amour pendant que les affaires de Rocco sont redevenues prospères.

Le Prince de Piombino, Laurent XVII, est aussi dans la déveine. Un jour, il s'amène chez Rocco accompagné de sa fille Fiametta, de son futur gendre le Prince Fritellini de Pise et de sa suite. Le prince Laurent et ses invités participent à une partie de chasse. Le Souverain apprend que Rocco possède une Mascotte et, sitôt qu'il voit Bettina, il décide de l'emmener au palais princier ainsi que Rocco qui officiera en qualité de chambellan. Quand à Fiametta, elle est fortement impressionnée par Pippo qu'elle trouve joli garçon. De son côté, le Prince Fritellini est loin de partager l'avis de sa fiancée.

Bettina et Pippo sont contraints de se séparer et leurs adieux sont émouvants.

Dès que Bettina est installée au palais, tout marche à nouveau, pour le mieux en ce qui concerne le Prince Laurent qui craint pour la vertu de sa mascotte. Il l'anoblit et l'entoure des plus grands soins. A la cour, les sujets jasent car ils croient que Bettina est la maîtresse de leur souverain.

Pour distraire Bettina qui s'ennuie au palais, Laurent fait appel à une troupe de danseurs parmi lesquels se trouve Pippo déguisé en baladin. Le berger est à la recherche de sa bien-aimée et dès que les amoureux se reconnaissent, ils projettent de s'enfuir. Fritellini informe erronément Pippo que Bettina est devenue la maîtresse de Laurent. Le berger renie l'ancienne gardeuse de dindons et pour réparer l'honneur de Fiametta scandalisée, le Prince de Piombino exige qu'il épouse instantanément sa fille ; Fritellini, évincé, jure qu'il aura sa vengeance. Désemparée par l'attitude de Pippo, Bettina accorde sa main au Souverain qui lui décerne le titre de Princesse de Piombino. Lors des deux cérémonies nuptiales célébrées simultanément, Pippo et Bettina se retrouvent. Voyant qu'on se moque d'eux, ils se réconcilient et s'enfuient aussitôt.

Pippo et Bettina, déguisée en homme, rejoignent l'armée de Fritellini qui, sans tarder, bat à plate couture celle de Laurent. A l'insu de Fritellini, l'effet mascotte de Bettina n'est point étranger à ce succès militaire.

        Vaincu, Laurent doit quitter le palais en compagnie de Fiametta et de Rocco.

Tous trois, sous des habits de chanteurs ambulants, errent par monts et par vaux et finissent par arriver près du camp militaire de Fritellini le jour où Bettina et Pippo ont décidé de convoler en justes noces. Rocco se fait reconnaître de Pippo qu'il informe du don de Bettina et lui conseille de ne pas consommer le mariage. De son côté, le Prince Laurent veut se venger de Fritellini et il aide Pippo à rejoindre son épouse dans la chambre nuptiale. Et le mariage est consommé.

Fritellini reconnaît les trois compères déguisés et trouve Fiametta trés jolie dans son accoutrement. Il lui pardonne ainsi qu'à son père.

Le traité de paix est signé entre le Prince de Piombino et le Prince de Pise qui épousera, enfin, la fille de son ancien ennemi.

Tout est bien qui finit bien. Bettina a perdu sa fleur d'oranger, mais, peu importe puisque "la mascotterie" est héréditaire.

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