Les Matelots de la Dendre

Les Matelots de la Dendre

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La Cocarde de Mimi-Pinson

(Goublier fils)

 

Acte I : Atelier de la Maison de Couture

La Cocarde de Mimi-Pinson, c'est le sourire de Paris, c'est le cœur de la France, une France menacée... Il faut combattre... et comme le danger transforme instantanément le citoyen le plus paisible en vaillant soldat, c'est la chanson aux lèvres et la fleur au fusil, que ses fils partent en rangs serrés, pour défendre leur Patrie.

 

Tandis qu'au foyer, les femmes attendent le retour de l'absent, la vie reprend peu à peu, une vie plus grave, plus soucieuse certes, mais capable de donner encore des joies, des rêves, des espoirs, car l'amour ne perd jamais ses droits.

C'est ainsi que va se tramer le plus charmant des romans ayant pour cadre mille petits rubans tricolores, que les doigts agiles des "Mimi-Pinson" façonneront avec une grâce touchante.

 

Nous sommes donc à Paris. Monsieur Robichon et Madame Frivolet sont associés pour l'exploitation d'une grande maison de couture de la rue de la Paix. Les affaires sont prospères grâce à l'intelligente direction de Marie-Louise, première de l'atelier. C'est une jeune fille simple, courageuse, dont les 22 ans sont plus que sérieux. Cependant, sans y prendre garde, un amour a grandi en son cœur... elle aime en secret le fils du patron : Jean Robichon, actuellement lieutenant aux armées.

 

Or celui-ci, venu en mission à Paris, flanqué de l'inséparable Bourriche, son ordonnance, est passé embrasser son père et n'a pas manqué de rendre visite à l'atelier. Il le trouve en pleine effervescence. C'est qu'on fabrique, depuis le matin même, des cocardes qui seront adressées au front comme porte-bonheur et comme fétiches.

 

L'enthousiasme est à son comble... Seule, Marie-Louise demeure silencieuse... elle vient d'être si émue en voyant celui qu'elle n'espérait pas si tôt. Malheureusement, Jean ne s'aperçoit pas plus que par le passé du penchant de cette délicieuse, mais trop réservée jeune fille. Il a bien des excuses, Madame Frivolet la troublante associée de la Maison, nourrit pour lui un tendre sentiment... et comme elle est jolie encore et veuve, il se plaît à rendre hommage à sa beauté.

 

Marie-Louise en souffre en silence... profitant alors d'un instant de solitude, et avant qu'il ne reparte, elle s'empresse de coudre dans la doublure de la vareuse du jeune lieutenant, une petite cocarde-fétiche qui le protégera, pense-t-elle, des dangers de la guerre, elle l'a confectionnée avec tant d'amour.

 

Et le miracle se produit... Cette petite cocarde en effet, enfermée dans un médaillon d'or, préserve celui qu'elle aime... Serait-ce possible ?... Mais oui... Là-bas au front, où il est remonté, une balle qui aurait du lui coûter la vie, est venue, par un providentiel hasard, s'aplatir sur le précieux métal. Dévié ainsi de sa trajectoire, le projectile s'est contenté de lui traverser le bras.

 

Remis de cette légère blessure, Jean a fait le serment d'épouser celle qui a su si bien le protéger. Mais, comment la retrouver... qui, à Paris, a placé à son insu, ce miraculeux médaillon dans sa vareuse ?... Il cherche... Et comme Madame Frivolet vient le voir à la formation sanitaire, où il termine sa convalescence, tout aussitôt il pense que la mystérieuse anonyme pourrait bien être cette charmante associée !

 

Adroitement il questionne. Il va même jusqu'à lui confier la décision qu'il vient de prendre: celle d'épouser sa bienfaitrice... s'il la retrouve ! Et cette dernière phrase est dite avec un tel accent, qu'il trouble la coquette. Aurait-il vu juste ? Il se fait pressant, et elle, se défend si mollement d'être l'auteur de cette bonne action, qu'aucun doute ne persiste plus dans l'esprit de Jean... C'est bien Madame Frivolet !... elle deviendra donc Madame Robichon !... Voilà qui est décidé. Cependant, au fond de lui-même, une petite déconvenue l'envahit peu à peu. Certes, sa future est une délicieuse personne, mais il aurait rêvé autre chose... une jeune fille... un peu de roman, comme le disait tout à l'heure Marie-Louise. Car le Hasard rivalise avec l'Amour. N'a-t-il pas aidé le personnel de la Maison de couture à troquer le tablier de midinette contre la blouse d'infirmière.

Acte II Formation sanitaire en province

 

Et de ce fait, les " Mimi-Pinson" se sont vues engagées précisément dans cette formation sanitaire. Voilà pourquoi la première personne à qui Jean apprend la nouvelle de son mariage, est sa dévouée infirmière, qui n'est autre que Marie-Louise !

 

Le coup porté au cœur de la jeune fille est rude. Certes, si elle avait voulu lui dire la vérité sans doute l'aurait-il épousé aussi... par reconnaissance... pour tenir son serment. Non, ce n'est pas ainsi qu'elle veut être aimée... Elle ne parlera pas.

Acte III En Alsace, une place de village

 

Mais déjà l'heure du départ sonne. Des groupes de soldats se forment. C'est le moment de se quitter.

 

Et les semaines passent. Jean se trouve à nouveau quelque part sur le front, en Alsace... toujours suivi de son fidèle brosseur Bourriche.

 

Mais bien que dévoué, celui-ci, pour essayer d'enrayer la déveine qui le poursuit depuis sa naissance, a subtilisé le précieux fétiche à son lieutenant.:. Oh ! simplement pour quelques heures, juste le temps de savoir ce que c'est qu'un " monsieur qui a de la veine ".

 

Et ma foi... les effets de cette petite cocarde ont réussi à faire évanouir les scrupules de Sophie, une honnête cuisinière qu'il courtisait jusqu'alors sans succès.

 

Bonheur de courte durée hélas, car avec son opiniâtre déveine, notre ordonnance s'aperçoit qu'il a perdu le précieux fétiche juste au moment de le remettre à son propriétaire. Que va-t-il arriver à son lieutenant, maintenant que le voilà privé de sa cocarde, magique... Il s'affole... bien à juste titre, car le malheur ne se fait pas attendre. Jean est frappé. Evanoui, il est transporté, par Bourriche, au poste arrière de secours, ou il reçoit les premiers soins... Et, hasard... toujours hasard, l'infirmière qui se présente, est encore Marie-Louise.

 

Mais comment de Seine-et-Oise est-elle venue échouer à ce poste en Alsace ?... Ordre de la Croix-Rouge. Cette nuit, le personnel sanitaire a été remplacé. Nous retrouvons donc l'atelier au grand complet, on a même emmené Sophie, la cuisinière de la formation, toute heureuse à l'idée de revoir Bourriche.

 

Mais celui-ci ne partage pas du tout sa joie, bien au contraire, il lui reproche sévèrement d'être la source de tous ses malheurs : N'est-ce pas en se rendant sous la tonnelle au rendez-vous fixé par elle qu'il a égaré le fétiche et que depuis, la déveine les poursuit. Aussi ne veut-il plus la voir.

 

Ulcérée de tant d'ingratitude, et ne voulant rien garder d'un infidèle, Sophie lui remet alors le petit souvenir qu'elle avait trouvé par terre, après son départ, et qu'elle conservait cependant bien précieusement comme emblème de leur première rencontre.

 

Un regard encore chargé de courroux se pose sur l'objet tendu d'une main tremblante... Mais ce regard se transforme bien vite en éclairs de triomphe , Bourriche vient de reconnaître le fétiche du lieutenant, qui avait glissé de sa poche lors du rendez-vous galant. Il exulte ! ... Fini la malchance, et cela, grâce à Sophie...

 

Débordant de reconnaissance il enlace amoureusement celle qui vient de lui sauver l'honneur, et qui sera bientôt sa femme.

 

Attirée par le bruit, Marie-Louise accourt... Chut !... plus bas Bourriche.. vous allez réveiller notre malade.

 

C'est juste... baissant alors le ton il lui remet vivement le précieux talisman avant de s'éloigner tout heureux avec sa Sophie.

 

La voilà donc retrouvée cette petite cocarde. Avec des précautions infinies pour ne pas troubler le sommeil de Jean... Marie-Louise la glisse à nouveau dans son portefeuille... Et puisqu'il ne peut l'entendre, elle ose lui faire l'aveu de sa profonde tendresse.

 

Ignorera-t-il toujours le secret de ce cœur aimant ?... Non, car l'Amour veille. Jean peu à peu a ouvert les yeux... il écoute... s'étonne... ainsi, c'était Marie-Louise !... Comment n'avait-il pas deviné... Une joie indicible éclaire son visage. Le bonheur est là. Fiévreusement il interroge : Voulez-vous être ma femme ? La jeune fille hésite, si c'était pour tenir son serment qu'il parle mariage ! Le doute la paralyse... Mais un " je vous aime " si tendre, si sincère, si troublant venu parachever sa demande, fait qu'elle ne peut plus douter cette fois de sa chance.

 

Alors, elle se blottit dans les bras vigoureux qui se tendent vers elle, n'hésitant plus à cueillir sur les lèvres de l'aimé toute sa joie de vivre.

 

Et quoi c' est Madame Frivolet qu'il devait épouser et c' est Marie-Louise qu'il embrasse, s'inquiète Monsieur Robichon qui vient de les surprendre !

 

Stupéfaction !... Comment... son Père... ici... en Alsace ! Bien sûr, le hasard se devait de l'y conduire ainsi que sa charmante associée, et ce, avec une autorisation en bonne et due forme du Gouvernement, leur permettant de venir sur place distribuer leurs cocardes-fétiches aux soldats.

 

Et puis, aussi et surtout, dans le but de fournir l'occasion à Madame Frivolet de rendre sa parole à Jean qui ne l'a jamais aimée...

 

Des mains se tendent... des cadeaux se donnent... des baisers s'échangent... Et c'est la fin de ce tendre roman où Hasard et Amour rivalisèrent d'adresse, assurant à tous un bonheur durable, pour peu que de Mimi-Pinson , chacun conserve sur son cœur une petite et magique cocarde...

 

Dans la presse de l’époque

 

A l'Apollo, la "Cocarde de Mimi-Pinson" obtient un très grand succès.

C'est au milieu d'une atmosphère surchauffée par la présence dans la salle de nombreuses Mimi-Pinsons et de glorieux blessés, par la présence aussi du martre Gustave Charpentier de l'Institut de l’ "Œuvre de Mimi-Pinson", que se sont déroulées les péripéties charmantes des amours d'un jeune officier blessé et d'une midinette, devenue infirmière, et c'est au milieu des applaudissements unanimes et l'on peut dire enthousiastes, que s'est terminée cette pièce d'un patriotisme sincère et d'une grande délicatesse de sentiments.

Le directeur Monsieur Maillard a mis en lumière un nouveau compositeur, Monsieur Henri Goublier fils, dont le nom a été acclamé.

ECHO DE PARIS, 27 Novembre 1915.

 

Cette opérette nouvelle n'est pas seulement d'actualité : elle est de tous les temps.

Les auteurs nous ont montré, non pas les poilus au front, mais les jeunes filles et les femmes offrant au pays, les forces dont elles disposent: le dévouement et la tendresse consolatrice. Ce que l'on peut assurer en tout cas, c'est que la Cocarde de Mimi-Pinson est un grand succès. Sur cette pièce, essentiellement féministe—c'est ce qui fera son long succès—un nouveau compositeur au théâtre, Monsieur Henri Goublier fils, pour ainsi dire découvert par Monsieur Maillard, a écrit une partition dont un grand nombre de numéros ont été bissés d'acclamation.

LE FIGARO, 26 Novembre 1915.

 

A l'Apollo, grand succès de réouverture avec la "Cocarde de Mimi-Pinson ".

Après l'héroïsme des poilus, Messieurs Maurice Ordonneau et Francis Gally ont montré les vertus, à la fois patriotiques et charmantes des Mimi-Pinson, devenues infirmières : un nouveau et délicieux compositeur, Monsieur Henri Goublier fils, a brodé sur cette pièce féministe des musiques bissées pour la plupart.

Le maître Gustave Charpentier, de l'Institut, directeur de l'Œuvre de Mimi-Pinson, assistait à la glorification de ses chères midinettes, et a joint ses applaudissements à ceux d'un public enthousiaste.

De nombreuses Mimi-Pinson et de nombreux blessés, auxquels des places avaient été réservées se faisaient remarquer par la chaleur de leurs bravos.

Avec la Cocarde de Mimi-Pinson, Monsieur Maillard, directeur de l'Apollo, a, pour sa réouverture, comme on dit, mis dans le mille du premier coup.

LE MATIN, 26 Novembre 1915.

 

Un livret où la gaieté s'allie au sentiment, une musique colorée et spirituelle, un heureux choix d'interprètes ont assuré le succès de cet aimable ouvrage.

 

LE PETIT PARISIEN, 28 Novembre 1915. 

 

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