Les Matelots de la Dendre

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Le retour d'Ulysse

(Terasse)

Fidèle à son irrévérencieuse muse, Hervé bouscule et culbute, encore une fois, la musique, l'Histoire et la légende avec ce Retour d'Ulysse qui fit les beaux soirs du Théâtre des Délassements-Comiques en 1862 (Les Délass­Com' pour les initiés) avec un second "retour" à L'Eldorado en 1867 (L 'Eldo pour les habitués et les connaisseurs), dans une version encore plus poussée dans la caricature et la parodie littéraire et musicale. A noter qu'en la circonstance, Edouard Montagne, le librettiste, se fit joyeusement le consentant complice du compositeur. Or donc, au lever de rideau, Pénélope, tout en tricotant des chaussettes, à défaut de la tapisserie traditionnelle, se confie à un certain Albinus. Ce premier air et surtout la valse qui suit, furent longtemps à la mode dans les réunions mondaines de la bonne société du Second Empire. On peut y entendre une sorte d'invocation à Vénus peu avant que ne cascade celle de La Belle Hélène. Pénélope, "cette plus sage des femmes" avoue qu'après avoir bientôt quelques vingt années de solitude elle est tout à la fois habitée par la crainte - peut-être de convention - de dire turlututu à sa vertu, et hantée par le désir de céder aux appels impé­rieux du toujours entreprenant Eros, avant que ne devien­ne trop pesant sur sa mûrissante personne ce qu'il est convenu d'appeler le poids des ans. Athéna soit louée, le héros de l'Odyssée (tant il est vrai que "rien n'est plus doux que la patrie et les parents") va revenir. Tout au moins l'épouse délaissée et le public l'espèrent. Reste qu'il importe de ne point faire fi de la tradition et de respecter le déroulement des situations à rebondissements et des coups. .. de théâtre. On sait donc qu'Ulysse a le mal du pays, quels qu'aient été les charmes des Sirènes, de Circé ou de Nausicaa. Mais comme il n'en est pas à un naufrage près, il nous faut écouter le pathétique récit de sa dernière noyade, prétendument fatale. La preuve que son bateau a été perdu corps et biens ?

Elle nous est donnée par l'apparition d'un certain Coqcigru, du nom de l'animal chimérique cher à Rabelais et qui serait né du croisement d'un coq et d'une grue... L'homme, amoureux transi de la dame de céans, prétend avoir trouvé sur la plage voisine une bouteille rejetée par les vagues et contenant la tunique d'Ulysse, "une tunique, c'est unique" sur laquelle le naufragé aurait écrit ses dernières volontés. A grand renfort de jeux de mots dignes du futur almanach Vermot que le vieil Homère ne pouvait évidemment prévoir, Coqcigru nous chante dont l'ultime récit du naufragé. Mais le voilà qui surgit, le mari fugueur, lançant à tous les échos "qu'à tous les chœurs (ou gens) bien nés - que la patrie est chère ". On pense à la célèbre apostrophe du Tancrède de Voltaire, revoyant sa chère Syracuse dont il avait été banni. Remarquons que les auteurs signalent que Pénélope écoute ce grand air commodément installée dans un fauteuil... Voltaire, justement. La fuite du temps aurait-elle durement frappé le roi d'Ithaque? Sa femme ne le reconnaît point. Mais nous qui sommes physionomistes nous l'identifions tout de suite.

 Zim badaboum badaboum boum boum : ici tambour rime avec calembour d'où sort un air héroïque récapitulant les péripéties de certain véhicule de transports en commun Paris-Sceaux. "Pour Sceaux, pour Sceaux, pour Sceaux", histoire de faire référence au souvenir qu'Ulysse garde de l'épisode fameux au cours duquel, s'étant préservé des sortilèges de Circé, il exigea de celle-ci qu'elle redonne forme humaine à ses compagnons transformés en pourceaux.

On peut en déduire que s'arrêtera là, avec rime et sans raison apparente, l'Odyssée des bouffons des Délassements-Comiques? Que nenni. Il convient que la morale soit sauve, sinon les lois éternelles de la tempérance qui, en tous temps ont intimé l'ordre de boire avec modération. Dans l'euphorie de libations au champagne, Pénélope ayant enfin reconnu l'époux aventurier auquel, conjugalement, elle s'abandonne, en oublie qu'elle était auparavant sur le point de céder, l'infidèle, à Coqcigru le séduisant imposteur.

Situation favorable à un final en forme de chanson à boire, dans l'esprit même de Rabelais dont Hervé pouvait à juste titre se réclamer : 'jamais homme noble ne hait le bon vin". Quant à Pénélope, c'est Dieu même qu'elle invoque, c'est-à-dire Bacchus en personne, afin de pou­voir vivre et chanter... "la vie en rose".

 

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